INITIATION AU ZOHAR ou LIVRE DE LA SPLENDEUR

 

LE ZOHAR ET LES FEMMES (suite 3)

 

Genèse 24/1: "Or Abraham était vieux, avancé dans la vie (ba bayamim); et l'Eternel avait béni Abraham en toutes choses (ba kol)"

Jour après jour, Abraham avançait dans la connaissance du divin; "ba bayamim": il était entré dans "les jours cosmiques" du monde intermédiaire, ayant traversé "malkhout", le Royaume, résidence de la shékhinah ou Présence divine, et il était parvenu à "H'essed", la miséricorde. C'est grâce à son action quotidienne, qu'Abraham était parvenu à un niveau élevé de sainteté et de proximité avec le divin.

C'est pourquoi Rabbi Yéhoudah propose de commenter le verset des Psaumes 65/5: "Heureux celui que tu choisis et admets en ta présence, pour qu'il habite dans tes parvis! Puissions-nous nous délecter de la beauté de ta maison, de la sainteté de ton palais".

 

Dans cette partie du Zohar on développe le sujet de l'ascension de l'âme pendant le sommeil, et aussi après la mort, puisque le sommeil est considéré comme "le soixantième de la mort" (voir la conférence sur l'ascension de l'âme www.chez.com/soued/ame.htm ). L'âme d'un homme juste décédé parvient à un niveau de contemplation de la Gloire divine, quand elle est déjà préparée de son vivant à accéder aux arcanes de l'Arbre de Vie, celui de la doctrine mystique. Cette âme parvient à traverser les différents seuils célestes avec l'aide des anges. Heureux ces Justes qui ont leur part dans ce monde-ci comme dans le monde à venir. Dans cette partie du Zohar les Sages exposent aussi des notions liées à la transmigration des âmes, le féminin étant l'image d'un réceptacle (corps) recevant celle du masculin (âme).

 

Grâce à sa piété dans ce monde-ci et à son action vertueuse, Abraham était préparé à pénétrer la Sagesse de son Maître divin. Il a ainsi mérité de séjourner dans les hautes sphères où il reçoit les bénédictions qui se déversent de là vers le Bas, à travers Yessod, le fondement, et vers le monde matériel.

Le Seigneur a béni Abraham "en toutes choses" (ba-kol), où "kol = tout" désigne les eaux de la rivière qui ne tarit jamais, celle qui coule en permanence à partir de Kéter, la Couronne ou de Daa't, la Connaissance…vers le Bas.

Il faut savoir que toute sa vie Abraham s'est abstenu de s'allier par mariage avec d'autres nations et de s'attacher à des peuples idolâtres. En effet, les femmes de ces peuples polluent leurs maris, ainsi que tous ceux qui se rapprochent d'elles. Ayant pénétré les arcanes mystiques de la Sagesse, Abraham savait où se trouvait la source des esprits impurs qui traversent l'univers. C'est pourquoi il adjura son serviteur de trouver à son fils Isaac une femme non issue de ces nations idolâtres.

(Zohar I/130a-b)

 

Pureté et Impureté. Rabbi Yossi demande "comment se fait-il que lorsque l'homme a encore en lui un souffle de vie, il n'est pas une source d'impureté et quand son âme le quitte, il devient une source d'impureté?" Rabbi Isaac lui répond que l'explication Traditionnelle est la suivante: en s'emparant de l'âme de l'homme, comme exécuteur de la sentence de mort, le Mauvais Penchant ou l'Ange de la mort ou Satan, le salit et de ce fait son corps devient impur. Mais ceci n'est pas le cas des idolâtres qui ont l'âme impure alors qu'ils sont en vie (1). Et dans ce cas, quand l'âme s'en va, l'impureté part aussi avec elle et le corps redevient pur (2). C'est pourquoi si on s'attache à une femme d'une nation idolâtre on entraîne l'impureté non seulement pour soi-même, mais aussi pour sa descendance, du fait de cette âme impure.

Mais si le père est Israélite comment se fait-il que la progéniture reçoit une âme impure ? En fait dès que le père s'unit à la femme idolâtre l'impureté l'habite et, de ce fait, toute progéniture venant de deux êtres impurs est elle-même impure. Par ailleurs, par cette union, cet homme transgresse un précepte de la Torah, Exode 34/14: "Car tu ne dois pas te courber devant une divinité étrangère, parce que l'Eternel a le nom de Jaloux, c'est un D. jaloux!" (3). En fait D. est jaloux pour la Sainte Alliance de la circoncision, conclue avec Abraham, père des nations …

(Zohar I/131a-b)

 

Genèse 24/3: "…Pour que je t'adjure par l'Eternel-Dieu du ciel et de la terre, de ne pas choisir une épouse à mon fils parmi les filles des Cananéens, avec lesquels je (anokhy) demeure (yoshév béqirbo)"

Abraham fait prêter à son serviteur le serment de trouver à son fils une femme "adéquate", non Cananéenne, car les filles de Canaan sont les filles d'un dieu étranger. Ce qui peut paraître surprenant, c'est l'expression employée "anokhy", au lieu de "any". Anokhy est normalement réservée au divin, exprimant une volonté expresse, contraignante. Mais ici, Abraham veut sauver l'Alliance Sainte avec D. qui risque d'être profanée, si Isaac se mariait avec une femme idolâtre. Alors l'homme Abraham nanti d'un pouvoir divin grâce à l'alliance avec D. utilise exceptionnellement une expression "divine", anokhy.

 

On peut se poser la question, "comment se fait-il qu'Abraham ait accepté de prendre comme épouse une "femme idolâtre", Hagar ?" En fait il l'a fait à la demande expresse de Sarah, afin d'avoir une descendance. Comme on le verra plus bas, il n'eut qu'une seule relation sexuelle avec elle qui lui amena Ismaël comme fils. Et Hagar, même quand elle revint en "téshouvah", sous le nom de Qétourah, ne fut jamais admise dans la tente de Sarah, car elle restait toujours sa servante bien que Sarah fut morte.

Proverbes 30/21-23: "Il est 3 spectacles qui font frémir la terre et 4 qu'elle ne peut tolérer: le spectacle de l'esclave qui devient roi, le spectacle du scélérat qui vit dans l'abondance, le spectacle d'une femme digne d'aversion qui trouve un époux et le spectacle de la servante qui supplante sa maîtresse"

D. du ciel et de la terre. Malgré qu'il ait fait jurer à son serviteur un serment contraignant, Abraham invoque l'Alliance Sainte qu'il fallait préserver et ne pas rendre impure. Du fait de l'alliance conclue par D. avec Abraham, le texte précise ici que D. s'est mis à la portée de la "terre", sous-entendant que l'immanence divine appelée aussi "shékhinah" s'est manifestée.

(Zohar I/131b)

 

Genèse 24/16: "Cette jeune fille (hanaa'r) était extrêmement belle, vierge (btoulah), nul homme n'avait encore approché d'elle. Et elle descendit (watéred) à la fontaine (haa'ynah), remplit sa cruche (kadah) et remonta (wataa'l)".

Le texte parle de la jeune fille, sans le hé final féminin, soit "hanaa'r", le jeune homme. Cette omission est un clin d'œil à la ressemblance de cette jeune fille avec Saraï, la mère d'Isaac. Saraï avait un yod masculin avant de recevoir le hé féminin (Sarah). Il y aurait une similitude entre Sarah et Rébeccah quant à leurs caractéristiques masculines prononcées  qui se sont atténuées lors de la maternité.

 

La fontaine est le puits de Miryam. Le "hé" qui clôt le mot "haa'yinah", la fontaine, la source, signifie "en direction de la fontaine", ce qui indiquerait le puits de Miryam, celui qui accompagnait le peuple hébreu dans le désert, du fait de ses mérites. Ce puits disparut à la mort de Myriam. Voilà que ce puits réapparaît, avec ses eaux vives et généreuses. Le "hé" est le signe de la "Shékhinah" qui se révèle à Rébeccah par ces eaux qui deviennent "vives" et qui montent, facilitant le remplissage de la cruche.

Le texte est précis quant aux mouvements de Rébeccah: elle descendit, elle remplit, elle remonta. Le sens induit est que cette jeune fille était modeste et chaste, elle sort de chez elle à une certaine heure pour remplir sa cruche, puis remonte chez elle. Cette précision est aussi le signe par lequel le serviteur d'Abraham devait repérer la jeune fille faite pour Isaac. C'était la fin de l'après midi, au moment de la prière de "minh'ah": c'est à l'heure où Isaac faisait sa prière que le serviteur rencontra Rébeccah. Et c'est à ce moment de la journée que Rébeccah vint sur sa monture vers Isaac, lui-même "en contemplation" dans les champs.

Il faut rappeler ici que selon la Tradition, Abraham institua la prière du matin (shah'rit ou h'essed), Isaac celle de l'après midi (minh'ah ou gvourah) et Jacob celle du soir (maa'riv ou tifeéret), chacun selon sa sensibilité.

Le sens de "fontaine" (a'yin) est ici celui qu'on trouve dans le Cantique des Cantiques 4/15: "Une fontaine des jardins, une source d'eaux vives, un ruisseau qui descend du Liban". Il s'agit ici du flux divin qui traverse les séfirot supérieures (Liban) pour aboutir à la Shékhinah. Il y a une analogie entre le flux divin qui s'épanche à travers l'Arbre de Vie et le versement de l'eau et le moment de la rencontre entre Isaac et Rébeccah. L'eau vive est aussi le symbole de la Torah.

(Zohar I/132a)

 

Genèse 24/67: "Isaac la conduisit dans la tente (haohélah) de Sarah sa mère (sarah imo). Il prit Rébeccah pour femme et il l'aima, et il se consola d'avoir perdu sa mère"

Le "hé" à la fin du mot "tente=haohélah" est un clin d'œil à la Shékhinah qui est revenue dans la tente. Il faut savoir ici que durant toute la vie de Sarah, la shékhinah ne l'avait jamais quittée, et la lumière allumée le vendredi soir allait d'un shabat à l'autre sans s'éteindre. Cette lumière s'est éteinte à la mort de Sarah et quand Rébeccah occupe sa tente, cette lumière est revenue. C'est pourquoi nous lisons en hébreu "haohélah Sarah imo", c'est à dire qu'il y a une identification entre Rébeccha et Sarah, comme si Isaac réintroduisait sa mère dans la tente-résidence de la Shékhinah. Il était seul à revoir son image dans cette tente et cela le consola de sa mort.

Dans le texte biblique, c'est la 1ère fois qu'on insiste sur le fait qu'un patriarche aima sa femme -Isaac "aima" Rébeccah. Après tout Abraham aima aussi Sarah, mais le texte ne le dit pas. Pourquoi? Parce qu'Isaac vient du côté gauche, celui de la rigueur. L'attirance homme-femme  ou la pulsion de l'un vers l'autre vient aussi de la gauche, comme le désir sexuel nécessaire pour peupler la terre. Sans ce désir il n'y aurait pas d'humanité (cf la destruction de l'humanité par la glorification de l'homosexualité,  Sodome et Gomorrhe).

 

Chaque patriarche eut 4 compagnes. On connaît celles d'Abraham (voir Genèse 25/6) et celles de Jacob (Léah, Rahel et les 2 servantes Bilhah et Zilpah). En ce qui concerne Isaac, Rébeccah réunissait en elle les qualités de 4 femmes: il prit Rébeccah (l'amante) – pour femme (l'épouse) - il l'aima (l'âme sœur) - il se consola (la mère) -

(Zohar I/133a-b)

 

Genèse 25/1& 6: "Abraham continua (wayosséf) et il prit une épouse (wayiqah' ishah) nommée Qéthourah". "Quant aux fils des concubines qu'avait eues Abraham, il leur fit des présents. Et tandis qu'il vivait encore, il les relégua loin d'Isaac son fils, vers l'Orient, pays de Qédem"     

Quand Hagar quitta Abraham, elle sombra aussitôt dans le paganisme de ses ancêtres. Mais plus tard elle s'attacha (en hébreu "qathar", d'où qéthourah) à une vie vertueuse (qéthoret, encens) et Abraham la fit revenir comme femme, le changement de nom étant équivalent à une expiation d'un péché. L'expression "wayossef= il ajouta", mais aussi signifie "il reprit, il continua", c'est-à-dire qu'il reprit l'épouse qu'il avait auparavant, avec laquelle il n'avait eu qu'une seule relation sexuelle, destinée à lui procurer une descendance, à travers Ismaël, comme on l'a vu plus haut. Néanmoins aucune concubine ou nouvelle épouse n'entra dans la tente de Sarah, sauf Rébeccah, seule autorisée par Abraham à occuper cette tente (voir ci-dessus Proverbes 30/21-23).

Sur le plan symbolique, la tente "ohel" signifie la réverbération de l'unité (famille, groupe, D. etc), mais aussi le souffle du féminin (hé) au sein du divin (el).

Abraham a laissé sa tente à son fils Isaac afin que le feu de la rigueur soit atténué par l'eau de la miséricorde, trace et souvenir du père.

Alors qu'Isaac reçoit la foi monothéiste et un enseignement lui permettant de dominer les forces démoniaques susceptibles d'émerger de la rigueur en lui, les "autres" fils reçoivent des présents matériels. Ils sont écartés ainsi d'Isaac, afin de faciliter le renforcement de ce dernier dans la foi monothéiste et dans la transmission de celle-ci. Relégués à l'Est (bné qedem, fils de l'Est, mais aussi d'Avant), les "autres", les fils des concubines, deviennent des maîtres dans la sorcellerie et l'art de la divination qu'ils transmettent à Laban (le frère de Rébecca), Béor, son fils Bilaa'm, les fils de celui-ci, Jannes et Jambres, tous élèves des descendants des anges déchus Ouza et Azael…

(Zohar I/133b)

 

Genèse 25/21: "Isaac implora (wayéé'tar) l'Eternel au sujet de sa femme car elle était stérile. L'Eternel accueillit (wayéa'ter) sa prière et Rébecca sa femme devint enceinte"

 

La terminologie du texte "wayéé'tar=et il implora", comparée à la réponse de D "wayéa'ter=il exauça" implique une prière accompagnée d'un sacrifice, car par analogie dans II Samuel 24/25, il est dit "il érigea         là un autel au Seigneur, y offrit des holocaustes et des sacrifices rémunératoires. Le Seigneur se laissa fléchir en faveur du pays et la mortalité cessa d'affliger Israël". Grâce au sacrifice, l'Eternel s'est laissé "imploré" puisque le mot "wayéa'ter=il exauça" est utilisé par D dans sa réponse. C'est comme si un feu céleste était descendu à la rencontre du feu d'en bas (4).

Selon une autre exégèse, la terminologie "wayéé'tar" rappelle "wayehater=il creusa", c'est-à-dire qu'à force de prier, Isaac creusa un canal menant directement au lieu céleste de la fécondité, s'élevant ainsi au dessus de la fatalité du "mazal=sort", de la même manière que la prière de H'annah dans I Samuel 1/10.

Et "wayéé'tar" signifie ici que D lui-même a ouvert le chemin de l'imploration d'Isaac pour que Rébecca devienne féconde. Rappelons qu'Isaac vécut 20 ans avec Rébecca stérile, D se délectant pendant ce temps des prières du Juste qui atteint ainsi un niveau élevé de sainteté et de pureté. C'est pourquoi il tarde à exaucer sa prière jusqu'à l'imploration. La prière fervente qui monte alimente l'Arbre de Vie qui retrouve la vivacité de l'épanchement entre Kéter et Malkhout.

Mais Abraham n'a pas supplié l'Eternel pour avoir des enfants quand Sarah était stérile. Dans Genèse 15/3, il a simplement constaté que D ne lui avait pas donné de postérité. Isaac a prié parce qu'il savait que lui-même n'était pas stérile, sentant par intuition qu'il aurait néanmoins une descendance de 12 tribus, sans pourtant savoir avec quelle femme. C'est pourquoi il implora le ciel pour sa femme sans préciser qu'il s'agissait de Rébecca.

Zohar 1/137a-b

 

Genèse 27/40: "Mais tu ne vivras qu'à la pointe de ton épée, tu seras tributaire de ton frère (tu serviras ton frère, taa'vod). Pourtant après avoir plié sous le joug, ton cou s'en affranchira"

Jacob vient de dérober à son frère Esaü la bénédiction de leur père Isaac. Esaü pleure et implore son père de le bénir. Isaac lui dit qu'il héritera d'une riche contrée et enchaîne avec le verset cité.

Esaü est du même côté que son père, du côté de la rigueur et du jugement. Mais alors que son père sait où se trouvent les limites, Esaü passe aisément de l'Autre Côté, celui de Samaël.

Jacob n'est pas pressé qu'Esaü le serve et pense que les temps messianiques seraient les plus appropriés pour cela. En effet c'est dans ces temps là que le Mal sera jugulé définitivement. Pourquoi n'était-il pas pressé?

Les maîtres de la qabalah parlent à ce propos de Sagesse divine. Car tous les mots de la Torah cachent un sens secret, expression de cette Sagesse. Psaumes 119/18: "Dessille-moi les yeux pour que je puisse contempler les merveilles issues de Ta Loi".

Voici un exemple. La mort s'est installée dans le monde créé, après que le serpent eut séduit le premier couple et souillé la femme. Grâce à l'Arbre de Vie (représenté par le centre Tifeéret, image de Jacob, équilibre entre la gauche et la droite), Adam a été pardonné et le serpent ne pouvait plus dès lors avoir le dessus sur la semence de Jacob, incarnation d'Adam.

En effet les fils d'Israël offraient un bouc au serpent pour l'occuper et le soumettre. Jacob apporta à son père 2 boucs (séi'rim), l'un pour soumettre Esaü qui était chevelu (séi'r, dans le sens sauvage et primitif), l'autre pour juguler celui dont on a parlé (Samaël ou Satan l'accusateur). Et c'est grâce à ce double sacrifice que le monde est préservé de la domination du Mal, jusqu'à ce qu'une femme ayant pour modèle Eve (Rébeccah), ainsi qu'un homme du modèle d'Adam (Jacob) apparaissent pour faire échec et dominer le serpent et celui qui le chevauche (Samaël).

(Zohar I/145a-b)

 

Genèse 29/31: "Le Seigneur considéra que Léah était dédaignée, et il rendit son sein fécond, tandis que Rahel était stérile". On explique ce verset en introduisant un autre verset de la Bible.

Psaumes 113/9: "Il fait trôner dans la maison la femme stérile (a'qeret habayit), devenue la mère heureuse de nombreux fils. Halélou yah!" . Ici il y a un jeu de mot entre la femme stérile et l'essence (i'qar) d'une maison. Cette essence est une allusion à Rah'el, alors que la mère heureuse est Léah. Selon une autre interprétation, l'essence du monde est l'année sabbatique (attribut de la shékhinah) et la "mère heureuse" c'est le Jubilé (attribut de Binah, le discernement ou imah) duquel dépend le bonheur et la joie des mondes créés.

Comment se fait-il que les enfants d'une femme dédaignée aient une âme aussi élevée, alors qu'on s'attend à de la bassesse. En fait le monde d'en bas est un point de départ de l'ascension graduelle vers des mondes plus élevés.

En fait, Jacob ne dédaignait pas Léah, elle lui était étrangère, elle était voilée, il ne la comprenait pas encore. En apprenant à la connaître progressivement, il finit par l'aimer aussi. Notre monde intelligible, symbole de l'année sabbatique (7ème), est appelé "atah" (toi); il s'agit de la shékhinah à laquelle on s'adresse directement. Le monde d'en Haut est voilé et il a comme symbole l'année du Jubilé (50ème) et il est appelé "hou"(lui), car on se réfère indirectement à un monde inaccessible. C'est ainsi que le Zohar fait les rapprochements entre Léah/Rahel, femmes de Jacob, et le sens du temps.

(Zohar I/154a-b)

 

Genèse 30/14: "Or Réuben étant allé aux champs à l'époque de la récolte du froment y trouva des mandragores, et il les apporta à Léah sa mère. Rahel dit à Léah "donne-moi je te prie les mandragores (douda-im) de ton fils"

Léah était réticente vis à vis de Rah'el lui disant "tu m'as pris mon époux, maintenant tu veux les mandragores!" La proposition de Rah'el l'a rassurée.

En fait Rahel n'avait pas besoin de mandragore, plante magique, pour devenir fertile. C'est grâce à la volonté divine qu'elle le devint. Comme il est dit plus haut dans le texte biblique, "son utérus s'est ouvert". La naissance d'un enfant dépend du "mazal" (augure, destin) (5). Pourtant la mandragore peut accélérer la grossesse d'une femme non stérile.

Les mandragores ou "douda-im" deviennent ici la monnaie d'échange pour Léah, femme délaissée par son époux. Grâce à cet échange mandragore/une-nuit-avec-Jacob, elle enfantera Yissakhar, résultant du paiement d'un salaire. Il faut savoir ici que Yissakhar sera un érudit de la Torah et saura aborder le monde intermédiaire dont l'image est la mandragore en hébreu ou doud-aleph. Doud est la double porte du monde intermédaire (dalet wé dalet), aleph est l'unité mais aussi l'apprentissage. Le monde intermédiaire n'est accessible qu'à travers un apprentissage, et c'est Yissakhar, grâce au salaire payé par sa mère qui entreprendra cet effort. Cantique des Cantiques 7/14: "les mandragores répandent leur parfum…"

 

Genèse 30/16: "Jacob revenant des champs le soir, Léah sortit à sa rencontre et dit "c'est à mes côtés que tu viendras, car je t'ai retenu (payé le salaire, ki sakhor sakhartikha) pour les mandragores de mon fils". Et il reposa près d'elle (wayishkav i'mah) cette nuit là (balaylah hou et non hahou)".

Cette attitude de Léah peut paraître osée ou peu modeste. En fait Léah voulait informer discrètement son époux de l'accord conclu avec sa sœur, avant qu'il n'entre dans la tente de Rah'el, et en dehors de la présence de celle-ci, pour ne pas la gêner ou la blesser. Elle est donc sortie de sa tente, allant à la rencontre de son époux.

Elle a aguiché Jacob par les mandragores donnés à Rah'el, la femme qu'il aime et dont il désire un fils d'elle. Mais Jacob savait que toute naissance dépendait du "mazal" (augure) et non d'une plante possédant une quelconque vertu aphrodisiaque.

Comment Léah a-t-elle su que Jacob rentrait des champs? À travers le braiment d'un âne. C'est pourquoi la Bible compare Yissakhar à un âne têtu, têtu dans son désir de connaître la Torah et le Créateur.

La terminologie défectueuse, "hou" au lieu de "hahou", attire l'attention du lecteur sur le mot et montre son importance.

Le texte parlant de "hou", indique la volonté d'en Haut, un désir supérieur de voir naître un fils consacré à l'étude de la Torah, Arbre de Vie. Hou est aussi l'attribut "Binah" qui caractérise Léah. Yissakhar en est issu. Yissakhar c'est aussi "yesh sakhar", pour celui qui se consacre à la Torah, c'est-à-dire qu'il y a rétribution ou salaire, dans ce monde-ci et dans le monde à venir.

(Zohar I/156b-157a/b-158a)

 

 

 

Notes

(1) Ici il s'agit de rendre à César ce qui lui appartient: au Moyen âge, les Chrétiens ont traité les Juifs de créatures du démon; et là les qabalistes leur rendent la monnaie de leur pièce, les considérant parfois come des idolâtres.

(2) C'est pourquoi quand on visite un cimetière non juif on n'est pas rendu impur

(3) qané=qouf/noun/aleph, littéralement qén/aleph, le nid de l'unité, c'est à dire qu'Il veille sur ses petits, pour éviter que des rapaces ne s'en emparent par exemple.

(4) "é'ter" est à la fois une fourche et une prière. La prière peut retourner une situation, comme la fourche retourne le foin.

(5) Dépendent du destin ou mazal, la vie, les enfants et la prospérité.

 

Albert Soued - 9/3/06

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